Après avoir martelé obstinément des troncs creux à l'aide de troncs pleins pendant une quantité impressionnante de millénaires, l'humanoïde, songeant avec raison qu'il avait exploré suffisamment le rythme, il se dit qu'après tout, il étudierait bien l'harmonie...
« Why note ? » se dit il. 
Il mit au point un tas de machines, mais aucune ne lui apportait la paix de l'âme et des oreilles (saxophone, lyre, Juno106, clavecin, gaffophone et autre Gibson lesPaul).
Faisant suite à de longs siècles de recherche et d’ingénierie, notre humanoïde cherchant à s'élever , fit un don merveilleux à l'humanité toute entière, j'ai nommé :
la Contrebasse !!! 
Jolie armoire normande aux épaules arrondies et à la croupe généreuse, équipée de 4 cordes au diamètre conséquent tendues sur un dispositif ayant tout de l'antenne relais de GSM, la contrebasse a en effet toutes les caractéristiques énoncées dans le cahier des charges lui tenant lieu de carnet de naissance :
-pratique à transporter si vous avez des amis et un petit camion,
-solide... ou pas,
-un son harmonieux, si vous arrivez à l'entendre,
-une technique nécessitant des battoirs de gorilles
Bref : l'Instrument de musique avec un « i » majuscule !
Toujours bien installée dans le fond de la classe, à côté des timbales, la contrebasse allait couler des jours heureux à n'embêter personne... à part le contrebassiste.
(lire « la contrebasse » de Patrick Suskind, ou mieux : voir la pièce homonyme portée par l'immense Jacques Villeret) 
La deuxième guerre mondiale, gagnée par les bons (ceux qui aiment le Swing) allait changer le destin de notre GrandMère préférée.
Parce que, bien sûr, les vainqueurs apprécient de communiquer leur joie de la façon la plus bruyante possible, et comme ils venaient d'inventer le Jazz, ils en profiteraient pour donner naissance aux Big Bands : troupeaux de musiciens équipés de cuivres barrissants des riffs assourdissants rythmés par un nouvel instrument : la batterie qui réunissait en un espace restreint tous les instruments percussifs d'une fanfare.
Nos gentils contrebassistes achetèrent des bouchons d'oreilles et firent tapisserie à côté de cette nouvelle « batterie ». Le job devint de moins en moins difficile : qu'ils jouent, juste ou pas, personne ne s'en apercevrait... pour le plus grand bonheur de certains d'entre eux, les plus paresseux.
Cependant, en cette année 1951, Léo (vous permettez que je vous appelle Léo) Fender a décidé que ça allait changer.
Depuis quelques temps, il remarque que ça s'agite pas mal du côté de chez Ampeg, ou, dès 1946 ils amplifient les contrebasses en insérant un micro dans la pique de l'instrument (amp:amplifier – Peg:pique de la contrebasse! le Saviez tu?),
... ou de chez Rickenbacker et Gibson, qui se cassent la figure régulièrement sur des prototypes de contrebasses électriques trop lourdes avec des électroniques capricieuses (rien ne sortira de commercial de ces expériences....)
Mais l'invention qui l'intrigue le plus, c'est cette espèce de pelle à pizza électrique qu'a mise au point un certain Paul Tutmarc : micro magnétique, manche fretté, diapason « Short Scale », 4 cordes (EADG)... conçue vers 1935, cette bizarrerie fonctionne et … se vendra jusque dans les années 50.
Léo réfléchit et chipote beaucoup avec son ami et collaborateur (jusqu'à la fin de sa vie) Georges Fullerton. Il vont appliquer sur un prototype « BroadCaster/Telecaster » les
recettes qui font que la guitare Fender « BroadCaster/Telecaster »(1) sortie un an plus tôt est déjà un petit succès :
- un corps en frêne,
- un manche en érable, sans touche rapportée, avec 20 frettes directement enchassées dans l'érable.
- accastillage simple, robuste et efficace
- un micro simple bobinage, un volume et un tone (actif ? - tu veux une gifle)
- on modifie le diapason... quelque part entre celui d'une contrebasse (40/42') et celui d'une Telecaster (25'1/2): 34'
La Fender Precision(2) Bass est née et avec elle on entre dans l'aire de la basse électrique !
On est en octobre 51... dans moins trois ans, Elvis va enregistrer « Thats All Right Mama ». La musique du diable sera marquée à tout jamais par l'emprunte de Leo : Strat, Tele, Precision Bass et Jazz Bass seront les armes de prédilection des rockers pendant soixante ans.
Mais revenons à l'atelier Fender, car si la Precision comporte toutes les spécification que nous retrouvons sur nos basses « modernes », faut affiner le bestiau. En 57, sortira le modèle qui, à quelques détails près, se retrouve dans toutes les vitrines des magasins de musique en 2014.
Durant ce laps de temps, elle va être déclinée à toute les sauces : 5 cordes, électronique active, finitions noir mat ou Custom Shop Edition à 10 000€, on va retrouver des renforts en carbone dans le manche, des touches rapportées, en érable ou en palissandre, elle va perdre ses « enjoliveurs » chromés, faire évoluer le chevalet, pour revenir à celui d'origine, mais malgré toutes ces mutations elle restera LA référence. La basse qui servira de mètre étalon à tous les autres constructeurs dans les six décennies qui suivront. Et certainement une des plus copiées aussi, par des marques en devenir telle que Aria, Ibanez etc...
On la verra à l'épaule de : Geezer Butler (Black Sabbath), Jason McCaslin (Sum 41), John Entwistle (The Who), Donald Dunn (Blues Brothers), Carol Kaye, Mike Dirnt (Green Day), Sting, Duff McKagan (Guns N' Roses), Steve Harris (Iron Maiden), Sid Vicious (Sex Pistols), Glen Matlock (Sex Pistols, Iggy Pop), Paul Simonon (The Clash), Adam Clayton (U2), Simon Gallup (The Cure), Roger Waters (Pink Floyd), Phil Lynott (Thin Lizzy) , Corine Marienneau (Telephone), Melissa Auf Der Maur (Smashing Pumpkins...), Dee Dee Ramone (The Ramones), Jah Wobble (Public Image Limited), James Jamerson, (bassiste du label Motown), Francis Rocco Prestia (Tower of power), Calogero, Kim Gordon (Sonic Youth), Jet Harris (The Shadows), Christopher Wolstenholme (Muse), John Deacon (Queen), Mark Hoppus (Blink 182), Jean-Jacques Burnel (The Stranglers) (srce : Wikipedia)
… entre autre, excusez du peu
Mais Leo n'en a pas encore fini avec la société qu'il a créée et qu'il va revendre en 65 à CBS. Il va pousser le concept de la basse électrique encore plus loin et en 61 sortira .. la reine, j'ai nommé : LA JazzBass !
Plus aboutie, plus polyvalente, plus « jolie » (là, c'est une histoire de goût), plus efficace quoi ! Le corps sera dessiné de façon plus asymétrique et plus ergonomique, avec ses chanfreins au niveau de l'avant bras droit et de l'estomac (merci Leo). Le manche sera plus fin et plus rapide, la tête plus imposante. On trouve deux micros et une électronique, qui bien que passive sera beaucoup plus versatile.
Le succès sera au rendez vous aussi, encore plus d'ailleurs et son nom « Jazz » n'y sera pas pour rien, car si la Precision des débuts sera l'outil des rockers, avec ce nouveau concept, la JazzBass veut ratisser plus large et lorgner vers des musiques « plus sérieuses », comme par exemple... le jazz .
Énorme succès, à nouveau... et Fender toujours seul et loin devant dans le petit monde de la clef de FA...
Mais, les années soixante vont voir se multiplier les groupes de Rock, et parmi ces gamins, les Beatles et les Rolling Stones. Leur popularité va mettre en lumière ce nouveau sport qu'est la pratique de la basse électrique. Paul Mc Cartney ainsi que Bill Wyman en seront les champions médaillés (et ça dure toujours, 50 ans après, même si Bill a laissé la place à Daryll Jones en 92). Ils vont porter aussi de nouveaux instruments sur le devant de la scène, deux marques principalement : Hofner pour MacCa et Framus pour Wyman.. les basses que vous entendez sur « eight days a week » ou « Satisfaction ». Et ces instruments ont la particularité d'être bon marché, ben oui : les Stones et les Beatles des débuts sont... pauvre, même si ça fait bizarre de prononcer cette phrase en 2015. Leur budget ne leur permettant pas de s'offrir une Gibson EB-0 ou une JazzBass, c'est sur ces petites marques européennes que nos nouveaux héros vont jeter leur dévolu. Elles ne sont pourtant pas dépourvues d’avantages : essences des bois, solutions techniques alternatives, versatilité (relative) de l'électronique et un diapason de 30'... et ça, ce diapason « batard » va faire beaucoup pour le succès de la basse électrique.
Car la « guitare » basse n'intéresse pas seulement les contrebassistes, mais également les guitaristes qui voient la possibilité de multiplier les sessions en adoptant ce nouvel instrument et ce diapason de 30' qui se rapproche de celui de la guitare leur permet une transition aisée.
Et l'amplification... ben, c'est le parent pauvre de cette nouvelle discipline en cette décennie : ampli de trop faible puissance et HP en fer blanc, c'est l'empire de la bricole. Fender sort bien un ampli 100w (le fin du fin) full lamp, le BassMan... énorme, lourd et... fragile. Il faudra attendre quelques années et les gros SVT de chez Ampeg pour enfin avoir « du son ».
C'est également dans les années soixante que Fender va tenter un concept intéressant : la VI, quelque part entre la basse short scale (diapason de 30') et la guitare baritone (guitare à long diapason accordée en SI)... un bide absolu, mais un instrument très recherché par les collectionneurs. (et par moi... vous savez ou me joindre héhé)
à suivre................
(1) :Le premier modèle de Telecaster était commercialisé sous le nom de Fender Broadcaster.
La firme Gretsch, propriétaire du nom Broadcaster (en réalité, Broadkaster avec un K),
utilisé pour une ligne de batteries, demanda à ce que le nom soit retiré. Les premières « Tellies »,
telles que les Telecaster sont nommées par les fans, seront nommées plus tard « Nocaster »
par ceux-ci (quand la décalcomanie « Broadcaster » fut enlevée pour ne laisser que « Fender »).
(source Wikipédia)
(2) : Le nom « Precision » vient du fait que, contrairement aux contrebasses,
le manche est garni de frettes apporte une justesse précise aux notes produites |